France Télévisions diffusera-t-elle sur ses antennes le film "L'abbé Pierre, une vie de combats" (2023) avec Benjamin Lavernhe ? À la lumière des nombreuses accusations d'agressions sexuelles visant le prêtre – rendues publiques les 17 juillet et 6 septembre dernier – la question est légitime et la réponse pas encore définitive.
Interrogé dans "Le Parisien" mardi 24 septembre 2024, puis dans "Le 13/14" de France Inter mercredi 25 septembre, Manuel Alduy, directeur cinéma de France Télévisions, a indiqué "réfléchir à plusieurs possibilités". "Il y a une option qui consiste à dire que l'on ne diffusera pas le film (aux 830.000 entrées, ndlr). Ça c'est possible, je ne sais pas encore", a-t-il d'abord souligné.
Au cas où il renoncerait à le proposer aux téléspectateurs – comme devraient le faire les chaînes Ciné+ OCS et cinéma du groupe Canal+ – le groupe public enregistrerait "une perte lourde". L'investissement global de France Télévisions s'élève en effet à 2,5 millions d'euros, parmi lesquels 1,2 million d'euros pour deux diffusions.
"Une autre option sur laquelle nous réfléchissons, c'est de contextualiser la diffusion avec un débat, un documentaire, un programme, pour que le public comprenne que le film n'est pas fidèle à la vérité complète". Selon Manuel Alduy, "il y a une difficulté supplémentaire, c'est que personne ne sait quand les révélations cesseront. Donc avant de réfléchir à comment on diffuse, il faut savoir si on sait tout".
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Le jeu de la chronologie des médias fait que France Télévisions serait autorisé à diffuser le film de Frédéric Tellier à partir de septembre 2025. Elle disposera alors d'une fenêtre de trois ans pour le faire. D'ici là, Manuel Alduy lance un appel à la réflexion.
"La leçon que j'en retiens c'est que nous, collectivement, c'est-à-dire aussi bien les auteurs, les producteurs, les diffuseurs, devons faire très attention quand on s'engage dans un long-métrage qui dépeint la vie d'un homme célèbre parce qu'aujourd'hui il y a une exigence de vérité. On ne peut pas se contenter de faire des films hagiographiques. On va y regarder à deux fois". Puremédias vous propose d'écouter la séquence.
À la mi-juillet 2024, rappelle "Le Parisien" à qui Manuel Alduy a aussi accordé une interview, le premier rapport d'Emmaüs comprenait les témoignages de sept femmes dénonçant des agressions sexuelles ou des faits de harcèlement sexuel de la part du prêtre. Depuis, d'autres accusations ont ciblé l'abbé Pierre : le 6 septembre, 17 nouveaux témoignages ont évoqué des agressions sexuelles sur personne vulnérable et sur une mineure et des fellations imposées.
Le 17 septembre, l'équipe du film "L'abbé Pierre, une vie de combats" a fait part dans un communiqué de son "effroi" à la lecture de ces accusations qui lui "étaient évidemment inconnus au moment" de la réalisation du long-métrage. "Nous condamnons ces crimes et tenons à témoigner avec force notre soutien total aux nombreuses victimes de l'abbé Pierre."