
L'empire de la gastronomie contre-attaque. Depuis l'annonce fin-janvier par M6 de l'association entre "Top Chef" et le Guide Michelin, plusieurs cuisiniers étoilés s'érigent contre la principale nouveauté de cette saison 16 lancée le 26 mars dernier. Cette année, le lauréat de la compétition a l'opportunité de remporter le fameux sésame, normalement acquis après un dur labeur et les visites incognito d'inspecteurs intransigeants. Or, le fait qu'il soit accordé dans d'autres conditions, et devant les caméras de télévision, donne quelques aigreurs à des fins palais renommés.
Le premier à mener la fronde a longtemps fait partie de la maison M6. Même s'il a ensuite voulu atténuer ses propos, l'ancien juré de "Top Chef" (2015-2021) a crié à l'injustice dans le magazine "Marianne" en fustigeant cette évolution qui tend vers le télé-crochet. "Pour obtenir l’étoile, on nous disait qu’on était jugé sur la régularité, l’identité du chef, la qualité du produit, les techniques… Mais aujourd’hui, c’est devenu la Star Ac", s'est désolé l'ambassadeur du terroir toulousain. Au terme "coup de gueule", Michel Sarran préfère l'expression "coup de com" du Guide Michelin. "Je ne comprends pas comment les inspecteurs peuvent se baser sur 'Top Chef' pour affirmer qu’un candidat mérite une étoile. Une telle récompense se décide aussi au niveau des produits utilisés, par exemple. Or, sur le tournage, ils sont de bonne qualité, sans être exceptionnels pour autant. Je ne comprends pas la logique", déplore l'ancien acolyte de Philippe Etchebest.
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Lui aussi connait bien les rouages des concours culinaires télévisés, après avoir goûté bien des plats dans "Masterchef" sur TF1 puis France 2. C'est pourquoi le chef passé par des palaces parisiens s'est violemment opposé contre ce partenariat qu'il juge "pathétique". "C’est ignoble", a fulminé Yves Camdeborde dans l’émission d’Europe 1 "La Table des bons vivants". "Je suis cuisinier. J’ai fait un apprentissage. J’ai appris dans des maisons. Je me suis installé. C'est de l’irrespect du travail du cuisinier. Il y a des gens qui travaillent toute leur vie pour avoir une étoile, a expliqué, furieux, le bistronome qui n’a jamais cherché à avoir d'étoiles. "Ça va à l’opposé de toutes les valeurs de ce métier", a-t-il poursuivi, dénonçant lui aussi l'aspect marketing de cette nouvelle règle du Michelin.
Aux mots, Vincent Favre Félix a carrément préféré les actes. Ce cuisinier annecien a rajouté un peu d'huile sur le feu en renonçant à son étoile, chèrement acquise en 2021. "Une décision réfléchie", qui pourrait redéfinir sa carrière professionnelle, mais qu'il a prise en toute connaissance de cause. "Les valeurs du Michelin ne sont plus forcément les miennes", a justifié le déserteur, déplorant de voir le guide rouge enlever une étoile à un Georges Blanc qui a tant oeuvré pour la gastronomie française, et en mettre une à un candidat débutant qui participe une émission de télé. "Pour moi, l'étoile c’est d’abord un gage de constance et de qualité", estime-t-il, ajoutant que cette distinction se méritait et ne devait pas être la finalité d'un jeu.
Le vainqueur de l'édition 2021 sait ce qu'il doit au programme de M6. Raison de plus pour l'ancien protégé d'Hélène Darroze de monter sur des charbons ardents contre cette mécanique absente de sa saison. "C’est n’importe quoi !", a-t-il confié à nos confrères de "Femme Actuelle". Mohamed Cheikh, qui a ouvert plusieurs restaurants après son sacre, trouve l'évolution contre-productive. "Il y a des gens qui se ruinent à faire des emprunts, qui se tordent en deux pour réussir à monter une affaire et vont cavaler pendant deux ou trois ans pour essayer d'avoir le guide Michelin chez eux", souligne-t-il, remonté. "On leur dit qu’il faut continuer à améliorer telle ou telle chose. Ensuite, ils obtiennent une étoile grâce au service, à la salle, et à la cuisine et là, on te dit, "le gagnant Top Chef peut potentiellement avoir une étoile Michelin". Mais où est la logique ? Déjà, je croyais qu'on étoilait un restaurant et pas un chef. Donc, ça perd son sens".
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Le Monsieur cuisine et gastronomie de TF1 et d'Europe 1 n'a pas le pedigree des chefs qu'il reçoit parfois dans ses émissions, mais il partage l'avis tranché de certains d'entre eux. Invité de "C Médiatique" sur France 5, l’animateur avait balancé le fond de sa pensée sur cette collaboration inédite. "J'en pense que c'est un bon coup pour Top Chef et pour Michelin. Parce que Michelin a besoin de se rajeunir, on ne va pas se mentir, il y a un petit côté d'une image poussiéreuse (…) Attention, une étoile, ça ne se décroche pas en une émission de télé. Moi, les chefs cuisiniers qui se sont battus pour avoir des étoiles, c'est sur des années et des années", avait-il indiqué, avec une grande réserve. Et de développer : "Ça peut dévaloriser l'étoile et attention au miroir aux alouettes. Il faut le dire, parfois on voit des chefs qui se comportent un peu comme des starlettes ensuite. Ce n'est pas ça le métier de cuisinier. C'est être au fourneau tous les jours, ce n'est pas simplement faire le beau devant les caméras".