
"À l'époque, je suis indignée par ce type de traitement donc j'ai parlé pour défendre Marie". En janvier 2006, cela fait 2 ans et demi que Marie Trintignant a été tuée par Bertrand Cantat dans une chambre d'hôtel de Vilnius (Lituanie). Depuis, l'opinion française se déchire autour de cette affaire. Dans la mini-série documentaire "De rockstar à tueur : Le cas Cantat", disponible sur Netflix, les réalisateurs Zoé de Bussière, Karine Dusfour, Nicolas Lartigue et Anne-Sophie Jahn donnent notamment la parole aux proches de Marie Trintignant, à l'image de Richard Kolinka, ancien compagnon de l'actrice et père de son fils Roman, qui sont longtemps restés silencieux pour tenter de faire leur deuil.
Sauf Lio, amie proche de Marie Trintignant, qui essayait déjà à l'époque de défendre la mémoire de la victime et luttait contre ce qui avait été désigné comme "un crime passionnel". Dans le documentaire, elle revient sur une séquence devenue culte. Celle de son passage dans "Tout le monde en parle" le 7 janvier 2006. Invitée de l'émission de Thierry Ardisson face à Muriel Cerf, victime de violences conjugales et autrice de "Bertrand Cantat ou le chant des automates", elle avait remis en place l'écrivaine, qui disait dans son livre : "L'univers de la passion est une tuerie par essence". "Dire que Marie était responsable de sa mort avec lui, que c'est la passion et l'amour qui l'ont tuée, non. L'amour n'apporte pas la mort. (...) Moi ce que je sais, c'est que Marie est morte avec un visage qui était détruit comme après un accident de moto eu à 120 à l'heure et ce sont les mots mêmes des médecins ! Tant que les femmes accepteront d'être victimes au nom de l'amour c'est foutu. 'On t'a volé ton amour' mais qui lui a volé son putain d'amour ? Marie est morte sous ses coups", s'emportait la chanteuse sur un plateau amorphe.

"Je n'arrive pas à gérer autrement qu'en étant spontanée", confie Lio dans le documentaire. "Dans cette émission, le seul discours est le crime passionnel. Moi, c'est pour ça que je parle autant. C'est d'une injustice folle. Et après ça, on m'a humiliée, traînée dans la boue", se souvient l'artiste. "À l'époque, Lio est d'autant plus courageuse qu'elle est la seule à le faire", salue Michelle Fines, journaliste police-justice qui avait suivi l'affaire pour TF1 et qui participe également à cette mini-série documentaire. "Donc elle court le risque qu'on dise qu'elle aussi est hystérique. Et moi je ne comprends pas l'enjeu, personne ne le comprend à l'époque", poursuit la journaliste qui, au cours de ces trois épisodes, n'hésite pas à remettre en cause son travail et celui de ses confrères dans le traitement de cette affaire.
Dans les mois qui ont suivi la mort de l'actrice, l'espace médiatique a été occupé par les proches de Bertrand Cantat, comme l'explique la journaliste et réalisatrice du film Anne-Sophie Jahn. "Les proches de Marie Trintignant ne s'expriment pas publiquement, ils sont dans le deuil. Leur avocat Me Georges Kiejman (qui apparaît également dans le documentaire, ndlr) est le seul à le faire". Ce qui laisse alors le "champ libre" aux proches du leader de Noir Désir et à ses soutiens ou ceux qui lui trouvent des circonstances atténuantes. On voit alors une succession de séquences lunaires diffusées à la télévision à l'époque. À commencer par un extrait de l'émission "Mots croisés", animée par Arlette Chabot en mars 2004. "Ce qui est fondamental chez Bertrand Cantat, c'est la fidélité. Il ne s'est pas marié trois fois lui !", lance le journaliste Arnaud Viviant, provoquant l'indignation de l'avocat Me Hervé Temime, présent sur le plateau. "Pourquoi ne pas le dire, ce sont les faits ! Si je devais plaider en faveur de Bertrand Cantat à Vilnius, je dirais que c'est d'abord un drame avant d'être un crime", avait poursuivi le journaliste qui travaillait à l'époque aux "Inrockuptibles".

Une autre séquence paraît aujourd'hui inimaginable. En novembre 2004, Thierry Ardisson reçoit dans "Tout le monde en parle" Xavier Cantat, le frère aîné du chanteur. "Vous parlez de la réécriture de la personnalité de Marie alors qu'elle était capable de certains excès tout le monde le sait", introduit l'animateur. "Elle a eu plein d'amants, elle a eu 4 enfants de 4 pères différents c'est absolument pas lui rendre hommage de vouloir en faire une petite fille modèle, ce qu'elle n'a jamais été. Ils essaient de nous faire croire que jamais ils ne l'ont vue se fâcher après quelqu'un, ben ils ne l'ont pas vue alors", déversait Xavier Cantat devant un Thierry Ardisson hochant la tête. "Là on a l'exemple de complaisance de Thierry Ardisson qui anime l'une des émissions les plus vues de France et qui laisse sur son plateau le frère de Bertrand Cantat démolir l'image de Marie Trintignant alors qu'elle vient d'être massacrée à mains nues", commente Anne-Sophie Jahn.
Bertrand Cantat avait été condamné en mars 2004 à huit ans de prison par la justice lituanienne. Il avait pu bénéficier d'une liberté conditionnelle pour bonne conduite en octobre 2007, après avoir purgé la moitié de sa peine. Il était resté jusqu'en 2010 sous contrôle judiciaire, qui lui imposait notamment de s'abstenir de produire tout ouvrage ou toute œuvre audiovisuelle liés à la mort de Marie Trintignant et également de ne pas s'exprimer publiquement sur ces faits.