Justice
Non-reconduction de C8 sur la TNT : L'Arcom a déposé plainte après l'intrusion dans ses locaux du média identitaire "Frontières"
Publié le 26 février 2025 à 17:32
Par Ludovic Galtier Lloret | Journaliste
Né en Isère entre le tirage de la première boule noire de l'histoire de "Motus" et la première visite de candidats à "Fort Boyard", Ludovic Galtier est journaliste à Puremédias depuis octobre 2021. Il est passionné par la politique, l'économie des médias et leur stratégie de programmation.
Le média d'extrême droite "Frontières" s'est immiscé dans les locaux de l'Arcom et a interrogé son nouveau président, Martin Ajdari, sans y avoir été invité, le 29 janvier 2025.
La vidéo de "Frontières" dans les locaux de l'Arcom le 29 janvier 2025. © "Frontières"
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Des méthodes douteuses. Le média identitaire "Frontières" (anciennement "Livre noir") a diffusé, ce dimanche 23 février 2025 sur X (anciennement Twitter), une vidéo datée du 29 janvier 2025 dans laquelle on voit deux de ses contributeurs, dont l'ancien pilier de "Valeurs actuelles" et de la chaîne YouTube VA +, Baudouin Wisselmann, pénétrer en caméra cachée dans les locaux de l'Arcom pour rencontrer le nouveau président de l'autorité. Selon "Challenges", l'Arcom a déposé plainte dans la foulée. Puremédias est en mesure de confirmer cette information et ajoute que le dépôt de plainte est intervenu juste après l'intrusion alors que l'autorité ignorait l'identité et la profession des deux personnes impliquées.

"Je n'ai aucune raison" de revenir sur la non-reconduction de C8 sur la TNT

Pas encore en fonctions, Martin Ajdari, que le représentant de "Frontières" finit par apercevoir sur un fauteuil, a succédé à Roch-Olivier Maistre au début du mois de février. "C'est possible de vous poser quelques questions sur votre présidence qui va bientôt commencer ?", peut-on entendre dire Baudoin Wisselmann qui se garde alors de mentionner qu'il travaille pour "Frontières". Si Martin Ajdari, qui ignore qu'il est filmé, juge que "ce n'est pas le bon moment" mais qu'il est "prêt à parler" le cas échéant, son interlocuteur l'amène à réagir à "la suppression de C8".

"Il y a une décision qui a été prise, qui a été instruite, qui a été abondamment expliquée", répète Martin Ajdari, qui assure qu'en qualité de nouveau président, il ne reviendra pas sur le sort de C8. "Je n'ai aucune raison de le faire", assure-t-il. Et un niveau d'audience élevé – comme les incarnations de C8 s'emploient à le répéter – ne garantit à aucune chaîne un renouvellement automatique de sa fréquence. "L'audience ne donne pas un droit à être reconduit" dans la loi, confirme Martin Ajdari.

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TF1, première chaîne du PAF, et M6, plus regardée que C8, sont, elles aussi, soumises au même processus de remise en jeu de leurs fréquences et font face à l'émergence de dossiers concurrents. Xavier Niel avait notamment fait parler de lui en candidatant pour l'obtention du canal 6, sur lequel est établie M6, avec le projet "SIX". En 2023, les deux antennes avaient finalement été renouvelées sur la TNT pour 20 ans.

Pour être précis encore, C8 n'a pas été "supprimée" par l'Arcom. Constatant notamment "l'absence de garanties suffisantes permettant de prévenir les manquements réitérés de la chaîne à ses obligations légales et conventionnelles" – C8 a été sanctionnée d'amendes d'un montant cumulé de 7,6 millions d'euros –  le gendarme de l'audiovisuel n'a pas renouvelé son autorisation d'émettre après le 28 février 2025 sur une fréquence de la TNT, qui, rappelons-le, appartient au domaine public.

"Frontières" pris en flagrant délit de diffusion de fausses informations sur la redevance

En dépit des arguments du président de l'Arcom, Baudouin Wisselmann a terminé sa vidéo par un débrief éditorialisé contenant des contre-vérités. "Martin Ajdari reste très évasif sur la question de C8", a-t-il considéré. "Pourtant, c'est une question démocratique car les Français payent la redevance et que la France compte pléthore de médias de service public qui sont loin d'être exemplaires. On reproche à C8 d'avoir manqué de pluralisme, d'avoir commis des infractions alors même que tous ces médias de service public ne respectent pas leurs engagements avec l'argent des Français." Pour rappel, la redevance audiovisuelle a été supprimée en 2022.

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Depuis l'officialisation en décembre 2024 puis la confirmation par le Conseil d'État en février 2025 de la non-reconduction de C8 sur la TNT, "Frontières" participe – avec les médias de la sphère Bolloré (CNews, le "JDD" et Europe 1) –  à une campagne de désinformation massive, en prétendant au choix que cette décision serait "politique" – Cyril Hanouna a accusé sans preuve Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée, d'être derrière le non-renouvellement de C8 sur la TNT – ou que les institutions telles que l'Arcom et le Conseil d'État seraient majoritairement composées de personnalités issues de la gauche.

Pour rappel, en décembre 2024, le nom du président de l'Arcom a été proposé par Emmanuel Macron – personnalité politique qui n'est pas de gauche – et approuvé par le Parlement dont la composition est majoritairement à droite.

Des membres de l'Arcom, prise pour cibles par les médias du groupe Bolloré, craignent un passage à l'acte d'un déséquilibré

Accusée encore il y a quelques jours de mener une cabale contre Cyril Hanouna après le non-renouvellement de C8 sur la TNT, l'autorité a démenti, ce dimanche 23 février, les propos attribués à plusieurs de ses membres, par Jules Torres sur l'antenne d'Europe 1 et dans "Touche pas à mon poste !" sur C8 le vendredi 21 février puis dans un article du "JDD" paru le 22 février.

À LIRE AUSSI : "On nous a demandé de virer Hanouna, on l'a fait" : L'Arcom dément les affirmations relayées sur Europe 1, CNews et dans le "JDD", après la non-reconduction de C8 sur la TNT

Contributeur pour les médias de la galaxie Bolloré, ce dernier a fait le récit d'un "déjeuner de la honte" au cours duquel des membres de l'Arcom auraient indiqué : "Nous, on nous a demandé de virer Hanouna, on l'a fait, on a fait notre boulot". Quelques lignes plus bas, les mêmes auraient poursuivi : "On s'est bien payé le groupe Bolloré" ou encore "On s'en fout de mettre au chômage 400 potes d'Hanouna".

À LIRE AUSSI : "Nous ne sommes pas des faits divers" : Geoffroy Lejeune dévoile la première Une de la nouvelle ère du "JDD"

La source de ce déjeuner est l'auteur de l'article lui-même. Jules Torres se serait trouvé à quelques tables de là dans ce restaurant du XVe arrondissement avec deux de ses collègues, Charlotte d'Ornellas et Geoffroy Lejeune. Le micro lui a également été ouvert sur CNews, la chaîne info du même groupe.

L'Arcom "ne dispose d’aucun élément factuel permettant d’accréditer les propos allégués et se réserve la possibilité d’engager toute démarche pour assurer sa protection et celle de ses agents", avait rétorqué l'Autorité dont certains des membres, selon des propos rapportés par "Challenges", ont désormais la crainte du passage à l’acte d’un déséquilibré influencé par le tumulte qui a suivi la décision d’arrêter C8 et qui est venu nourrir un climat de défiance envers le régulateur. 

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